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CAUCASE

Bakou - Lahic - Seki - Sighnaghi - David Gareja - Tbilissi - Mtscheka - Vardzia - Batumi

 

AZERBAIDJAN

BAKOU - 16 au 19 juillet 2009

D'emblée Bakou nous surprend: c'est une métropole moderne et dynamique aux allures de capitale méridionale européenne. Il y fait bon vivre. D'un point de vue architectural, la ville reflète son histoire récente: deux booms pétroliers, deux styles architecturaux dominants: XIXe et contemporain. Le mélange est assez heureux et on y trouve des places et des parcs aménagés où les terrasses des maisons de thé sont peuplées d'hommes.

Les sites d'intérêt touristique ne sont pas nombreux et on en fait rapidement le tour mais il se dégage une ambiance sympathique propice à la flânerie. La vieille ville fortifiée, charmante avec ses ruelles étroites, abrite quelques vestiges de son passé moyenâgeux. Les tapis s'exposent sur chaque muret et prennent de la patine sous le soleil accablant. Il règne dans cette partie du monde une chaleur humide étouffante qui nous confit littéralement: les enfants sont cramoisis!

Romain, le frère de Julia, nous fait l'heureuse surprise de nous retrouver avec Olivier, un ami commun. Nous ferons un bout de route ensemble. Les enfants, un peu fatigués des blagues de papa, trouveront en Romain et Olivier deux nouvelles sources inépuisables de bêtises et de plaisanteries. Quelle joie, par exemple, de remuer du brut et de faire des tas de bitume dans un vieux champ pétrolier avec son tonton!

 

LAHIC - 20 juillet 2009

Nous quittons la plaine désséchée de l'arrière-pays de Bakou pour nous rendre dans un village de montagne dénommé Lahic. Le contraste entre la capitale en plein essor économique et le reste du pays, traditionnel et agricole, est saisissant. La route menant au village a été creusée à flanc de falaise et débouche sur une vallée boisée articulée autour du lit d'un torrent desséché. Les hommes fauchent les prés tandis qu'ânes, mulets et chevaux transportent le foin dans le village entièrement bâti en pierres sèches. Les échopes sont toutes identiques: Lahic est réputée pour ses artisans du cuivre dont les oeuvres emplissent les étals. Nous déplions nos tentes dans un verger en terrasse et jouissons des douces lumières du couchant avant de goûter aux délicieux kebabs des propriétaires du champ. L'un d'entre eux, anglophone, vient à notre rencontre pour nous parler de Rablais, Hugo ou Montesquieu dont il a lu les oeuvres traduites en azéri ou en russe. Vraiment étonnant de trouver ici un fou de littérature classique! Le cheval qu'il fera seller pour Julia sera plus étonnant encore: une toile de jute en guise de selle, aucune bride ni étrier. Cela fait un équipement un peu léger pour emprunter des sentiers rocailleux et escarpés de montagne... Notre refus suscitera l'incompréhension: tout le monde ici monte à cru!

 

SEKI - 21 et 22 juillet 2009

Depuis la plaine cultivée, il faut monter longtemps pour trouver la ville ancienne, perchée à flanc de montagnes boisées de chênes. Pôle important de la région, elle a été principlement construite au XVIe siècle. Dans l'enceinte des murs fortifiés, un palais du XVIIIe siècle illustre le mode de vie à la persane des seigneurs locaux et ses fresques narrent les batailles et conquêtes du shah pour le grand empire seldjoukide. Aux abords d'une vieille église transformée en musée folklorique, un vieil homme promène une forme étrange sous un drap: en échange d'une pièce, il découvre un loup empaillé pour le plus grand bonheur des enfants. Tandis que le muezzin appelle à la prière, nous occupons une des cellules sobres d'un vieux caravansérail réaménagé. En sillonant les ruelles cabossées, on atteint la place centrale, occupée entièrement par les chaikanas. Sitôt assis, on nous apporte du thé et des jeux - dominos ou backgammon. Sont attablés là des hommes de tous les âges ; Julia est bien la seule femme assise sur la place. On ne peut s'empêcher de penser aux autres femmes assignées à (presque) toutes les tâches quand un jeune local parlant le français vient nous faire part de son désarroi face au chômage et à l'inégalité des chances dans le pays. Bien sûr la politique ici ne favorise pas du tout le partage des richesses mais le machisme profondément encré dans les mentalités n'encourage pas non plus l'évolution des moeurs. Ils sont en partie responsables du marasme dont ils se plaignent ; les touristes, principalement azéris, affluent, mais personne ne semble s'intéresser à cette manne. Les jeux et les bavardages continuent d'occuper les journées des hommes.
A regrets, nous quittons déjà Romain et Olivier dès le lendemain ; alors que nous poursuivons vers la Géorgie, ils se dirigent vers le sud pour explorer le reste du pays.

 

 

GEORGIE

SIGHNAGHI - 23 et 24 juillet 2009

A la frontière, les azéris sont toujours aussi peu suspicieux tandis que leurs homologues géorgiens sont assez scrupuleux dans l'application de leur procédure douanière: fouille systématique de tous les sacs! Scrupuleux, du moins d'un point de vue formel, parce qu'après avoir fait passer 2 caisses et 2 sacs au scanner, les douaniers distraits nous ont abandonnés à notre propre fouille du véhicule. Autant dire qu'après 5 minutes d'hésitation, nous leur avons demandé s'ils avaient encore besoin de nous et, après avoir déballé un dernier sac, nous avons pu filer de l'autre côté de la barrière. En définitive, la douane géorgienne aura été la plus tâtillonne que l'on ait traversée et la première à exiger que l'on déplie nos deux tentes de toit. La tension politique dans laquelle se trouve le pays explique sans doute cette procédure alourdie.

En pénétrant en Géorgie, nous pénétrons dans un autre monde. Jusque là, les pays que nous avons traversés étaient presque tous turcs - hormis les Syriens, les Iraniens et les Tadjiks. La Géorgie, quant à elle, est une nation authentiquement caucasienne avec sa langue et son alphabet propres, sans aucune racine commune avec les grands groupes de langues. De plus, pour la première fois en cinq mois, nous sommes en pays chrétien.

Nous avions le projet de trouver un endroit isolé près d'un vieux monastère pour passer la nuit mais un très violent orage a subitement changé nos plans. Le climat estival de la Géorgie rappelle celui des pays tropicaux: chaleur, humidité et pluies diluviennes subites. Nous gagnons du coup un petit village viticole perché sur les piémonts du Caucase dénommé Sighnaghi (pronocer "Sirnari"). Ce panorama rappelant les villages perchés d'Europe méridionale était si différent de ce que nous avions vu pendant cinq mois en Orient qu'il ne nous apparraissait plus si familier. Peut-on parler de dépaysement inversé lorsque, de retour de voyage, l'on redécouvre avec des yeux neufs et émerveillés une culture qui nous est si proche? Quoiqu'il en soit, nous nous y sentons tout de suite bien, d'autant que nos enfants découvrent avec des yeux écarquillés l'impressionnante collection de jouets du petit Zura dans la maison qui nous accueille. Soso et Eteri (parents ou grands-parents de Zura, nous ne l'avons jamais vraiment su...) nous comblent: Eteri avec ses plats délicieux et Soso avec ses vins vinifiés "maison" dans des amphores enterrées dans la cave.

Depuis le village, nous rayonnons dans la province, connue pour ses vins et ses complexes religieux bâtis à la frontière des terres d'Islam. La région, comme tout le pays, est riche d'une histoire mouvementée dont il reste de très nombreux vestiges: églises, chapelles, monastères fortifiés, châteaux...

 

DAVIT GAREJA - 25 juillet 2009

Près de la frontière azérie, une mer de roches s'est figée contre une falaise abrupte. C'est du côté géorgien que le monastère et les nombreuses grottes des ermites de Davit Gareja ont été creusées pour accueillir depuis toujours les ascètes de la région. Ce lieu de retraite en partie troglodyte ouvre les portes de son église blanchie à la chaux. Les icônes dorées règnent sur ce lieu paisible et frais. Les moines orthodoxes arborent de longues barbes épaisses sous le clocheton qui leur fait office de couvre-chef mais ils ne se laissent pas photographier. Nous grimpons la montagne avec effort pour trouver les grottes qui cachent des tombeaux mais ne découvrons au sommet que deux gardes-frontières adossés dans l'ombre d'une chapelle fermée. Nous dominons un paysage lunaire et la plaine de l'Azerbaidjan. Un sentier mène aux cavités accrochées à flanc de falaise mais l'accès est trop raide et escarpé pour l'emprunter avec les enfants.

 

TBILISSI - MTSCHEKA - 25 au 27 juillet 2009

Pour redescendre de Davit Gereja, nous empruntons une piste qui longe la frontière azérie et nous égarons gaiement dans un paysage magnifique, bordé de falaises creusées de cellules. Nous retrouvons la route qui nous mène à Tbilissi, capitale du pays. C'est une ville charmante bâtie de part et et d'autre des rives hautes du Mtkvari, le long duquel se succèdent des églises géorgiennes. Quelque soit leur taille, ces dernières sont toujours établies sur un plan carré flanqué d'une abside de chaque côté. Comme dans les temples antiques, le choeur est caché et son accès est restreint mais les fidèles viennent se recueillir face aux icônes qui envahissent les murs. Avant de rentrer dans l'église de Métékhi (XIIIe siècle), les femmes se couvrent d'un foulard et baisent la porte. Tous marmonnent des prières face aux portraits dorés ou s'agenouillent aux pieds du pope qui écoute calmement leurs confessions. Ces démonstrations de piété ne rappellent en rien les mornes cultes qui se déroulent en Europe centrale et mettent en relief les différences entre les rites des églises dites d'Orient et ceux de l'église romaine. Notre extranéité en est d'autant plus apparente.
Sur la route qui nous mène à l'est du pays, nous découvrons la petite ville au nom imprononçable de Mtscheka. En tant que grand centre religieux du pays, elle possède une cathédrale imposante, totalement recouverte de fresques centenaires. Nous nous laissons envoûter par l'ambiance recueillie et la majesté du lieu. Même les personnes employées à débarasser les cierges consumés et à gratter le sol pour éliminer la moindre trace de cire ne dérangent pas la quiétude qui règne. Dans un autre couvent de la ville, nous arrivons juste à l'heure de la messe qui débute dans de grands chants. Il n'y a pas de banc sous la coupole centrale mais, au contraire, tous les fidèles s'assoient au sol dès que le pope prend la parole. Ce début de messe va engendrer une conversation avec Arthur sur la foi et les religions à laquelle il n'entendra rien. Ce ne sera que plus tard, en Turquie, qu'au son du muezzin, il réagira pour nous dire : " Ah ! L'appel à la prière! C'est l'heure d'aller se déguiser ! Ben oui, pour prier ils vont tous se déguiser ! "

 

VARDZIA - 28 juillet 2009

Après une journée de voiture à traverser le Petit Caucase, nous découvrons le site de Vardzia accroché sur le flanc de gorges au sud du pays. Le rocher est percé de galeries au bout desquelles on devine des terrasses suspendues. Pour pénétrer dans le village, une porte sculptée nous accueille sous sa voûte ; de là, le coup d'oeil embrasse d'innombrables grottes anciennement amménagées. La roche a gardé les empreintes de la vie quotidienne : caves noircies par la fumée, logements de gonds, escaliers usés et passages secrets. L'église aux fresques inviolées a protégé ses saints aussi bien que ses fidèles. Retranchés en hauteur et complètement barricadés, ces moines ont bien défendu leur place pour sauvegarder leur foi et protéger leur intégrité dans ce bout de territoire aux frontières des empires Perse et Seldjoukide/Ottoman. Bâti en 1185 pour se défendre des envahisseurs mongols, le monastère est difficilement prenable. Nous en sortons par un escalier raide qui débouche au bord de la rivière.
En cherchant plus loin sur la rive un lieu propice où déplier nos tentes, nous rencontrons un couple de français, fleur en bouche, qui cherchent des sources d'eau chaude. Fred et Hélène sont partis de France à vélo il y a un an avec leur spectacle itinérant. Ils se sont perdus en Turquie pendant plusieurs mois et projetaient leur cap vers le Pakistan et l'Inde. Bonne route à eux !

 

BATUMI - 28 et 29 juillet 2009

Nous quittons Vardzia, dans le sud montagneux du pays, avec mélancolie. Pour rejoindre Batumi, ville balnéaire de la mer Noire, les habitants de la région nous déconseillent d'emprunter la voie plus directe à travers la montagne et la pluie torrentielle qui tombe depuis quelques heures fait craindre des éboulements et des glissements de terrain. La prudence nous incite donc à faire le long détour par la plaine. Notre patience sera récompensée par la découverte de l'horizon bleu le lendemain matin. Premiers bains de mer mouvementés sur la plage de galets. Nous nous préparons à passer la frontière.

 

 

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