IRAN (Centre)
Shiraz - Persepolis - Shiraz - Bavanat - Yazd - Meybod - Na'in -Esfahan - Abianeh - Kashan - Qom - Téhéran
La richesse architecturale des palais, des ruines sacrées, des temples et des mosquées mythiques témoigne d'une histoire enchevêtrée d'empires, de dynasties et d'invasions qui se sont succédées. Cyrus, Darius, Alexandre le Grand, Genghis Khan ou Zarathoustra, Mohammed, Ali, Hafez, Saadi (...entre autres). Autant de personnages dont la gloire est gravée dans les pierres de ces régions et qui transmettent leurs mythes impérissables. Depuis les temps reculés de l'Empire des Mèdes, la Perse est le passage obligé où la Chine, l'Inde et le monde méditerrannéen convergent. La culture de ces hommes est le fruit de ce brassage autant que de la sécheresse poussiéreuse du vent, de l'aridité des plateaux ou de l'inaccessibilité des cîmes. Nous avons passé 12 jours à parcourir le coeur de ces terres, berceau de plusieurs empires perses qui se sont partagés le monde avec les empires égyptiens, assyriens, hellénistiques, romains ou encore moghols, chinois, ottomans, russes, britanniques...
Nous retrouvons nos mères et Romain dès le matin pour voler de Téhéran à Shiraz (Syrah pour les "assoiffés" de culture), à 1000 km au sud-ouest de la capitale. La ville est enclavée dans de petites montagnes arides. L'après-midi est consacré à la visite du complexe Vakil édifié au XVIIIe siècle : forteresse, mosquée et hammam. L'ensemble a comme particularité de présenter dans son ornementation des motifs figuratifs, sous la forme de dessins floraux, animaliers et humains, normalement proscrits dans l'art islamique, effet de l'influence européenne. Son bazar demeure inchangé : les étals sont regroupés par corporation sous de belles voûtes en briques. Nous flânons. Les tisserands vendent en rouleau des tissus ultra colorés et ultra brillants que palpent des femmes en tchador noir. Les bijoux en or clinquant repoussent même les plus audacieuses. Ci et là des épices exhalent un parfum délicieux. Nos mères trouvent quelques trésors dans la cour intérieure d'un vieux caravansérail où la nuit tombe paisiblement sur son bassin.
A une centaine de kilomètres au nord-est de Shiraz, nous pénétrons dans l'univers mythique de la perse antique, contemporaine des derniers pharaons et des philosophes grecs. Les sépultures des grands rois et la magnificence de Persepolis témoignent du raffinement extrême de la dynastie achéménide qui régnait sur un empire s'étalant de la Palestine au Danube à l'ouest à la plaine de l'Indus (Pakistan) à l'est. Darius Ier avait fait élever le complexe en tant que centre religieux dont plusieurs palais devaient recevoir les émissaires des royaumes vassaux. Il en reste des seuils, des colonnes et des escaliers dont les bas-reliefs narrent toujours la grandeur de l'empereur, sa force à repousser l'ennemi et à soumettre de nombreux peuples (l'histoire est d'ailleurs gravée en babylonien, perse et élamite, trois écritures cunéiformes). On retrouve différentes influences dans les détails : égyptienne, babylonienne, assyrienne et élamite tandis que le taureau sacré garde toujours les lieux. Alexandre et son armée réduiront en cendres la ville (par accident ou par volonté ?) et l'empire.
Les mollahs à la tête enturbannée méditent et discutent à l'ombre des iwans (porches ornementés) et des orangers de la Medresa Khan ; les hommes qui portent le turban sont des mollah, c'est-à-dire les érudits qui ont étudié la religion. Les turbans noirs sont descendants du prophète, les turbans blancs leur doivent plus de respect. Balthazar attire des regards amicaux tandis que nous déambulons dans la cour. Ailleurs, les arbres du palais Naranjestan (ou orangeraie) exhalent leur senteur acidulée, tout à fait assortie aux couleurs des carreaux peints qui recouvrent les murs du jardin. Les décors maniéristes et romantiques sont eux aussi très empreints d'influence européenne de l'époque. La ville de Shiraz abrite plusieurs mausolées dont celui de l'imam Shah-e-Cheragh, grandiose et très fréquenté. Les iraniens chiites révèrent « Allah {qui} est {leur} seul dieu et Mohammed son prophète » mais ils vénèrent aussi les imams ainsi que les nombreux descendants de la lignée du prophète. Les mausolées de ces derniers sont abondants et souvent plus sacrés que les mosquées : les femmes doivent porter le tchador et les non-musulmans sont quelques fois rejetés à l'entrée. Nous visitons d'abord celui l'imam Ali-ebn-Hamze, à l'intérieur duquel nous pouvons entrer - à l'heure de la prière ; la salle complètement recouverte de miroirs s'organise autour du tombeau. Arthur et Balthazar s'assoient à côté des hommes agenouillés pendant que nous, femmes enroulées dans un tissu, nous éclipsons derrière eux. Pour pénétrer le sanctuaire du mausolée révéré de l'imam Shah-e-Cheragh, Majid, notre guide, nous fait contourner l'entrée principale par le bazar où une porte dérobée permet de se faufiler. Une horde de cris de jeunes filles se jettent sur les petits blonds. Romain ne tarde pas non plus à déchainer la foule quand elles apprennent qu'il n'est pas le mari de Julia. C'est une déferlante de questions qui s'abat sur lui, entre autres sur son âge ; une mère est très intéressée pour sa fille. Une fois cette barrière franchie, les femmes passent dans une tente noire pour se draper et nous entrons dans la cour mais les jeux des enfants avec la poussette rouge ne manquent pas de nous faire rapidement remarquer par un garde... qui nous conduit vers la sortie. La ville peut aussi s'enorgueillir d'abriter les tombeaux de deux grands poètes iraniens, Sa'adi et Hafez, révérés comme des prophètes. L'ambiance autour de ces derniers est plus romantique mais tout aussi recueillie !
Réunis dans un minibus, nous prenons le nord pour rejoindre une petite ville proche du désert où nous logerons "chez l'habitant". En route, nous nous arrêtons sur le site de l'antique Pasargade, ville fondée par Cyrus le Grand, aujourd'hui plaine vide où les archéologues ont redressés quelques colonnes. Notre ascension à travers les plaines cultivées se fait en douceur tandis que la lumière du soir atténue la hauteur des cîmes et dévoile leurs palettes colorées riches de vermillon, d'ocre, de cuivre et de vert-de-gris. Dès l'arrivée, notre famille d'accueil organise une promenade dans la montagne proche. Les enfants, frères, soeurs et cousins, nous escortent en mettant le feu aux buissons. Arthur est ravi de cette compagnie et Mohammed Ali, l'aîné, qui doit avoir une dizaine d'années, a la langue bien pendue ! Il connaît des mots en français, en anglais et nous raconte sa vie en farsi. Nous sautons par-dessus le feu de joie selon la coutume (d'origine zoroastrienne) de la nouvelle année et avalons un thé chaud avant de marcher aux alentours jusqu'à un lit de rivière asséché où pousse une herbe toute douce. La lune prend sa place dans les derniers rayons flamboyants. Ce court laps de temps qui nous sépare de la nuit est magique, suspendu, tendu entre les mondes. Nous sommes simplement heureux.
La maison nous accueille avec son poële brûlant et un repas délicieux. Une fois de plus, les femmes de la maison ne partagent pas le dîner qu'elles ont préparé et nous rejoindront plus tard. C'est de loin le meilleur que nous ayons pris depuis notre entrée dans le pays ! Les enfants découvrent avec passion les jouets qu'Arthur et Balthazar déballent de leur sac. Quand les femmes de la maison nous rejoignent (notre hôtesse avec trois de ses filles et deux belles-filles), le contact est un peu emprunté ; nous nous sommes dévoilées une fois rentrées alors qu'elles même sont recouvertes du tchador noir ; le contraste est fort mais ne nous empêche pas d'établir un contact à tâtons. Nous prenons des photos qu'ils peuvent visionner aussitôt sur l'ordinateur et la glace est brisée. Pendant ce temps, Antoine, Romain et Majid fument le Qalion, nom iranien de la pipe à eau (une des seules en Iran !) dans le jardin.
Les enfants et petits-enfants nous quittent ; nos hôtes sont les doyens d'une famille nombreuse (cinq filles et deux garçons, tous mariés et parents de deux enfants minimum excepté la plus jeune qui termine sa scolarité) qui logerait difficilement sous le même toit. Diane et Frédérique, qui partagent la même chambre, ne sont pas très enthousiastes à l'idée de dormir au sol sans draps ni douche... Romain partagera la couche de Majid et Mustafa tandis que nous rejoignons nos enfants déjà endormis.
Nous laissons derrière nous les vallées verdoyantes de Bavanat pour longer le désert salé. La route pour Yazd est longue mais le transport en minibus offre des avantages que ne peut pas égaler le Land Rover : les enfants peuvent ramper au sol jusqu'à l'avant du véhicule où ils prennent place entre Mustafa et Majid, grimpent sur ce dernier, puis réclament une histoire à Nanine ou à Diane, font rouler les jouets par terre, escaladent les sièges...
Ce qui frappe en arrivant à Yazd, ce sont les "badgirs" ou tours du vent qui se dressent partout dans la ville. Elles rafraîchissent les bâtiments par un système de conduits dirigeant l'air du vent sur un bassin d'eau froide. L'autre particularité des villes du désert est leur alimentation en eau. Celle-ci est drainée sur plusieurs kilomètres (parfois des centaines) depuis les montagnes alentours par des "qanats" (canaux souterrains) jusqu'aux citernes, elles-mêmes rafraîchies par des tours.
La religion est ici très présente ; l'islam est notamment incarné par les "Hosseinieh" et leurs "palmiers". Les façades des "Hosseinieh" encerclent une place et sont garnies de loggias qui se noircissent de fidèles lors de la célébration du deuil d'Hossein, le troisième imam massacré par les Omeyades sunnites. Les palmiers sont de très lourdes structures en bois décorées qui sont portées en procession à travers toute la ville comme relique de son cercueil tandis que des jeunes hommes se flagellent jusqu'à s'ouvrir le crâne. Heureusement nous n'avons pas assisté à cette démonstration.
Yazd est aussi la ville du zoroastrisme, encore pratiqué par une partie de la population comme religion à part entière. Le temple du feu abrite un foyer allumé trois cent ans plus tôt et dont la flamme éternelle provient du temple du feu de Baku. Le bâtiment n'a rien d'antique et la flamme brûle modestement. A l'extérieur de la ville se dressent toutefois les tours du silence, vestiges d'une époque où le zoroastrianisme était la religion d'état. Ces lieux paisibles en bordure de désert recueillaient les sépultures antiques : pour ne pas souiller la terre sacrée, les zoroastriens n'enterraient pas leurs morts mais, du haut des tours, offraient les corps en patûre aux oiseaux.
Lors de la visite de la mosquée Jameh ou du vendredi, Majid nous initie à l'écriture coufique, calligraphie stylisée à l'extrême qui orne les mosquées. Les noms des prophètes et d'Allah investissent la moindre parcelle pour se transformer en motifs graphiques. Dès son portique, portail vertical surmonté de deux minarets en flèche, chaque ornement est en fait du texte et la mosquée s'organise - comme partout en Iran - autour d'une grande place rectangulaire au mileu de laquelle se trouve un bassin pour les ablutions. La structure du bâtiment, en croix, donne sur la cour avec quatre grands portiques, appelés iwans, qui sont disposés en direction des quatre points cardinaux. Cette structure reprend en fait celle plus ancienne des temples du feu zoroastriens. C'est dans un autre bassin, celui d'une maison de thé dans le bazar, que Balthazar a pris un bain involontaire. En moins d'une seconde - et sans le moindre bruit - Balthazar était englouti. Julia s'est précipitée et l'aventure n'est aujourd'hui qu'une anectode. Mais quelle frayeur! Ce seront finalement les réputées pâtisseries de Yazd qui remettront tout le monde d'aplomb.
17-18 avril 2009 - Meybod - Na'in
Meybod est une très ancienne ville oasis en lisière du grand désert salé au nord de Yazd. Elle abrite de nombreux caravansérails de différentes époques et une ancienne forteresse datant des Mèdes du haut de laquelle on apprécie le contraste entre le vert des petits jardins environnants et le sable qui s'étend à l'horizon. Un groupe d'écolières emplissent le site de leurs chants et investissent la forteresse de leurs cris. Nous déjeunons dans une niche d'un ancien caravansérail au milieu des familles, assis en tailleur sur des tapis. A l'époque des caravanes, les marchants qui parcouraient le désert faisaient halte dans ces lieux avec leurs précieuses marchandises et animaux. On leur servait le gîte et le couvert à l'abri des brigands et des rôdeurs qui hantaient les pistes à la recherche d'un butin. Le bâtiment le plus impressionnant de la ville est sans doute son immense glacière qui est en fait un dôme d'une trentaine de mètres en forme d'ogive à moitié enterré. En hiver, on acheminait des montagnes de la neige et de la glace qu'on entassait ici. L'été venu, la glace subsistait malgré les 50°C qu'il faisait à l'extérieur!
Nous poursuivons en direction de Na'in par une route de désert. Ci-et-là, des monticules de terre à distances régulières interrompent la monotonie de la plaine désertique. Il s'agit de la partie visible du système d'irrigation en "qanat" qui date des temps anciens des empires perses. Chaque monticule comporte un trou en son sommet, dans lequel les ouvriers d'entretien descendaient pour draguer les canaux souterrains et retirer les alluvions ou le sable que transportait l'eau récoltée dans les montagnes pour alimenter les villes. Les plus longs qalat pouvaient atteindre plus de 100 kilomètres!
C'est finalement à Na'in que nous faisons étape. Il s'agit d'une très charmante petite ville en brique de terre et en pisé surmontée par la ruine d'une ancienne forteresse en torchis. La mosquée Jameh du Xème siècle est ravissante, toute en brique et en stuc travaillé. Elle abrite une salle de prière voûtée et souterraine, plus fraîche en été et plus tempérée en hiver, éclairée seulement par des dalles en marbre translucide qui laissent filtrer la lumière de la cour. Arthur s'amuse de la bande magnétique d'une cassette audio qu'il fait voler dans le vent. Les moutons se promènent en liberté dans la ville tandis que des tisserands fabriquent des tapis de prières dans des ateliers creusés dans la terre. L'endroit semble suspendu dans le temps.
19 au 21 avril 2009 - Esfahan (appelée également Ispahan)
S'il ne fallait voir qu'une seule ville en Iran, Esfahan vaut à elle seule le voyage. Nulle part ailleurs le raffinement des palais et des mosquées n'est poussé à un tel degré de magnificence. Elle fut la capitale de la dynastie des Séfévides fondée par Shah Abbas qui a régné sur le monde persan au XVIIème siècle et témoigne de l'incroyable puissance de ces souverains dispendieux.
Romain qui nous quitte pour retourner à ses études fait une visite éclair des principaux monuments de la ville tandis que nous faisons dormir les enfants dans notre hôtel au décor glauque figé dans les années 70. Il revient émerveillé des splendeurs qu'il a vues et ses descriptions nous mettent l'eau à la bouche pour les jours à venir. Il nous acompagne pour la visite d'un mausolée dont l'attraction principale est ses deux minarets qui ont la particularité de vasciller à l'unisson. C'est du moins ce que l'on nous promet... Chaque heure, un employé monte dans un des deux minarets et s'agite de manière spasmodique. Le minaret dans lequel il se trouve vascille. L'autre ne bouge pas d'un iota! C'est toutefois l'occasion d'un fou-rire tant l'agitation comique de l'employé illustre à merveille le nom de l'endroit : "les minarets branlants"... Nous visiterons ensuite les abords de la ville le long du fleuve aux berges romantiques et sauvages. Nous aurons le temps de visiter un parc d'oiseaux pour le plus grand plaisir des enfants avant de rejoindre le centre et déambuler avec les habitants sur le pont au trente-trois arches, remarquable ouvrage en brique du XVIIeme siècle.
Malheureusement privés de la compagnie de Romain, nous partons à pied visiter la Place du Régent (renommée Place de l'Imam après la Révolution islamique). La Mosquée de l'Imam, inoubliable par sa beauté, a la particularité d'être construite à 45° par rapport à l'orientation de l'immense place si bien que passé le fabuleux porche, le visiteur doit suivre sur sa droite une colonnade avant d'accéder à la cour aux quatre iwans. Cette astuce architecturale crée une séparation nette entre l'agitation de la place du Régent et le monde intérieur de la mosquée. Vue depuis la place, cette disposition a également pour avantage de détacher l'iwan principal et sa magnifique coupole turquoise des minarets qui s'offre ainsi à la vue des passants extérieurs. L'ensemble est absolument grandiose et l'on quitte les lieux en se retournant 10 fois tant il est difficile d'en détacher les yeux. Nous nous rendons dans l'atelier du très réputé miniaturiste de peintures persanes, Monsieur Hossein Fellahi, qui nous fait une démonstration de sa dextérité à manier un pinceau à poils de chat extrêmement fin. Tandis que le maître est désarmé par Arthur qui lui réclame un dessin de Tyrannosaure Rex, nos mères et nous sommes séduits par les pièces produites par Monsieur Fellahi lui-même et ses disciples. Au final, très belle matinée pour nous et très bonne fin de matinée pour l'atelier...! La journée se poursuit par la visite du palais des 40 colonnes qui comporte 20 très belles colonnes en bois sculpté qui se reflètent dans un long bassin. Le palais édifié par Shah Abbas 1er comporte des salles de réception aux murs décorés de fresques délicates représentant des scènes tantôt romantiques, voire légèrement dénudées, inspirées des poèmes de Hafez, ou historiques destinées à relater la puissance du souverain. Nous fumerons un Qalion bien mérité sur la place du Régent après une visite très fructueuse chez un marchand de tapis.
La mosquée Jameh (ou du vendredi) que nous visitons le lendemain est un cours d'architecture islamique en soi puisque sept siècles séparent la partie la plus ancienne du XIeme siècle des parties plus récentes. C'est un univers de briques, sans artifices. Mais quelle ingéniosité et élégance dans la disposition de celles-ci : la composition de chaque voûte et de chaque mur est différent si bien que les briques forment des dessins géométriques sans cesse renouvelés. Les plus anciennes colonnes fléchissent sans rompre et achèvent de donner à ce lieu une saveur particulière et recueillie. Nous poursuivons la journée en flânant dans un marché aux légumes puis, après un petit détour du côté d'un mausolée (celui de Harun Velayet, fils du 6ème Imam) aux multiples portraits de révolutionnaires, martyrs et saints hommes aux allures extraordinairement kitsch, nous retournons sur la place du Régent et dans le bazar où nous rencontrons un artisan d'imprimés dont les traits caricaturaux font rejaillir de notre mémoire les plus fameuses répliques de Louis de Funès...
21 et 22 avril 2009 - Abyaneh - Kashan
Abyaneh est un très joli petit village en pisé rouge accroché dans une vallée verdoyante à 2500 mètres d'altitude. C'est un lieu autrefois isolé très prisé des touristes iraniens qui a une forte identité culturelle. Les villageois portent tous leurs habits traditionnels : pantalons larges pour les hommes, tenues colorées et fleuries pour les femmes. C'est cependant en remontant le village, après l'avoir exploré, que l'endroit est devenu mythique pour nous. En effet, Arthur a eu deux chocs majeurs: le premier, qui a totalement déboussolé le petit aventurier, a pris la forme d'une femme à la moustache bien fournie qui l'a hêlé dans la rue... Encore incrédule, cette première émotion a aussitôt été balayée par une surprise de taille! Une femme minuscule, relativement agée, à peine plus haute que lui, l'apostrophe avec une voix de petite fille métallique et le prend par la main. D'abord tétanisé, les yeux écarquillés, notre petit garçon s'en est ensuite amusé... Cette promenade l'a cependant laissé avec une bonne dose d'interrogations fondamentales!
En route vers Kashan, nous passons à côté du site de recherche nucléaire iranien situé à Natanz dans un paysage magnifique. Hormis quelques batteries anti-aériennes un peu vétustes semi-enterrées, on a vraiment peine à croire que cet endroit, qui ressemble à un banal site industriel, est au coeur d'un bras de fer engagé entre l'Iran, d'une part, et les Etats-Unis et Israël, d'autre part...
Avant de rejoindre l'unique hôtel de Kashan, "qui vaut le détour pour l'éviter", nous escaladons les toits du bazar pour jouir des dernières lueurs du soleil couchant sur les toits de la ville. Divin moment. Hormis son architecture typique des villes du désert salé iranien (construction en brique et pisé, tours du vent...), Kashan abrite plusieurs curiosités architecturales de l'époque Qadjar (XIXème). Nous avons visité deux de ces maisons bourgeoises : on y pénètre par un très modeste couloir dérobé qui débouche sur une succession de très belles cours ornementées autour desquelles les pièces s'organisent. Leur structure tourne totalement le dos à la rue (classique dans l'art islamique) et leur disposition sur plusieurs niveaux excavés les rend insoupçonnables. Ce type d'architecture permet de se prémunir des tremblements de terre fréquents dans la région ainsi que de la chaleur harassante de l'été.
Sur la route de Téhéran, nous nous arrêtons à Qom, centre théologique de l'Iran et berceau de la révolution islamique, deuxième ville sainte du pays après Mashhad, qui abrite l'imposant sanctuaire Hazrat-e Mazumeh. Il y a ici plus de mollahs que de simples gens et l'ambiance y est très conservatrice. Même si nous ne nous y sentons nullement malvenus, il y a cependant cette gêne caractéristique d'être un touriste en goguette dans un lieu saint et vibrant... La condition pour pouvoir pénétrer dans la cour du sanctuaire pour les non musulmans est d'y tenir audience avec un mollah. Rendez-vous pris, nous suivons un garde qui nous guide avec un plumeau multicolore. Un petit groupe d'italiens nous rejoint escortés par un autre garde agitant son identique plumeau synthétique. La métaphore de l'ustensile choisi est intéressante - guider les infidèles avec un balai servant à nettoyer... Le mollah a bonne figure et est très souriant. Il nous invite à lui poser des questions en nous assurant que toutes sont les bienvenues. Une première série de questions et de congratulations réciproques de bon aloi sur la tolérance des peuples est l'occasion pour le mollah de rappeler que ce sont les Etats-Unis qui portent la responsabilité d'avoir créé l'islamisme fanatisé qui ravage les pays voisins de l'Iran. Sans transition s'ensuit une diatribe sur Israël, bien qu'aucune question n'aie été posée à ce sujet. Dans un état religieux, les hommes d'églises sont politiciens... et ça se ressent dans la discussion. Julia veut poser des questions sur le port du voile qui ne seront pas traduites. L'italienne se lance à sa place. S'il nous a été dit que nous pourrions poser toutes les questions, il ne fallait pas pour autant comprendre que nous aurions des réponses! En somme, en 1979, les iraniens ont plébiscité la révolution islamique. Ils sont donc depuis soumis aux règles de l'islam. Interrogé sur l'opportunité d'éventuellement organiser un référendum pour savoir si la nouvelle génération adhérait à ces règles, le mollah a froncé les yeux et maugréé que le peuple s'était prononcé et qu'il ne serait désormais plus interrogé à ce sujet. Sur ce, les deux guides se sont dépêchés d'écourter l'audience et nous avons suivi nos plumeaux respectifs vers la sortie. Quel vain exercice!
Arrivés en fin de journée à Téhéran, nous retrouvons notre voiture comme nous l'avions laissée. Demain, cap à l'est...