KAZAKHSTAN
Shymkent - Aral - Ouest kazakh - Aktau - Mer caspienne
SHYMKENT - 30 juin et 1er juillet 2009
Nous sortons du Kirghizistan aussi simplement que nous y sommes entrés. Ce n'est pas le cas du Kazakhstan qui excèle dans une administration absurde à laquelle nous nous heurtons dès la frontière. Alors que nous avons obtenu un visa de deux mois, nous devons nous battre pour avoir un permis de circulation plus long que dix jours. Nous devons attendre longuement les tampons dans nos passeports sans toutefois acquérir (malgré plusieurs demandes) celui qui fait office d'enregistrement pour les touristes étrangers. Nous avons dix jours pour l'obtenir auprès de la police. Et pour finir, on fouillera notre voiture à deux reprises à cause de la relève de la garde !
Enfin nous sommes libres de circuler et roulons jusqu'à la ville de Shymkent, située à la lisière du Kirghizistan et de l'Ouzbékistan. D'un côté, la plaine s'étend à perte de vue, dorée par les champs, tandis que de l'autre se dressent les pics enneigés. La ville est très moderne mais semble perdue au bout du monde, coincée entre la frontière et le désert. Notre journée là-bas se résumera à une course folle dans les bureaux d'une administration kafkaïenne : il faut se bousculer dans des salles où les officiers, cachés derrière des piles de papiers préfèrent discuter entre eux plutôt que de nous répondre. Les formules à remplir sont transcrites en cyrillique uniquement. Heureusement une femme offre son aide pour la traduction et l'écriture. Il faut ensuite attendre de longues minutes pour s'entendre dire que ce n'est pas la bonne demande, qu'il manque des papiers, que les bureaux ferment maintenant pour le déjeuner et réaliser que l'on est obligé de s'en remettre au personnel de l'hôtel tout à fait incompétent. Tout ça pour deux tampons bleus. De retour dans l'après-midi, il faudra expliquer dans le bureau du chef de police le pourquoi de cette démarche et prendre son mal en patience face aux officiers négligeants. Une seule personne a le pouvoir de tamponner et celle-ci ne se montre pas très disponible pour ce genre d'affaires ennuyeuses. Il est donc important de rester sur le qui-vive car, dès que la porte s'ouvre, il faut lui barrer le chemin ou revenir le lendemain.
LA GRANDE TRAVERSEE - 2 au 9 juillet 2009
Le départ pour l'ouest aride et désertique est arrivé. Nous redoutons cette partie du voyage depuis que nous le planifions. Notre objectif est d'atteindre Aktau, ville pétrolière - et, parait-il, balnéaire - au bord de la mer Caspienne, pour prendre le ferry vers Bakou. 3'000 kilomètres nous séparent. La première partie est assez directe : la route de Shymkent à Aral suit le cours du fleuve Amou Daria jusqu'à l'ancienne côte. Le tracé bifurque ensuite plein nord vers la Russie pour ne redescendre que plus tard vers la Caspienne. Nous avons tenté en vain de trouver un guide pour couper au sud-ouest d'Aral à travers le désert. La région est méconnue et dangereusement marécageuse. Nous ferons donc le détour. Triste constatation; à vol d'oiseau nous ne sommes pas si loin du but! A Samarcande, nous avions croisé un couple de motards quinquagénaires qui avaient fait le voyage en sens inverse. Les traits de leurs visages s'allongeaient à la simple évocation de cette route qu'ils nous avaient décrite comme épouvantable! La réalité dépassera notre imagination...
Les Kazakhs sont un peuple de nomades récemment sédentarisés. Ils sont un mélange de peuples turciques de l'altaï et d'envahisseurs mongols qui ont arpenté sans relâche les steppes de ces territoires sans fin, et ce jusqu'au XXième siècle lorsqu'ils se sont progressivement établis. Il n'est pas étonnant dès lors qu'il n'y ait aucun monument remarquable, ni ville historique qui témoigne de leur passé. Le site historique du Kazakhstan qui a été bâti par les Timurides (descendance de Tamerlan) est un mausolée inachevé, aux belles proportions, situé à Turkestan. Le vénérable bâtiment fait l'objet d'un pélerinage et abrite un beau jardin de roses, mais les travaux de restauration de la bâtisse et ses abords aménagés sont un peu clinquants. Nous ne nous y attardons pas; de toute manière, la chaleur accablante ne le permettrait pas. Après un déjeuner dans un restaurant/boîte de nuit hideux nous suivons la route vers Aral. Le Kazakhstan est le neuvième pays du monde par sa taille (après la Russie, le Canada, la Chine, les Etats-Unis, le Brésil, l'Argentine, l'Australie et l'Inde) et les distances à parcourir sont monstrueuses.
Nous roulons. Tout est plat. Tout se ressemble. Au programme: rien à voir; rien à faire; rouler. Quand, en fin de journée, nous sommes tous épuisés d'avoir parcouru pendant des heures un paysage uniforme, nous nous arrêtons au milieu de nulle part pour dresser les tentes. La monotonie générale de ce début de parcours sera interrompue par un cri strident de Julia : une araignée couleur sable, velue et au corps grande comme la main d'Arthur s'échappe des plats qu'elle avait entrepris de nettoyer. C'est la panique pour l'araignée qui a entendu le hurlement à pleins décibels. C'est épatant comme la peur peut décupler les forces : jamais n'avait-on vu d'araignée décamper à pareille vitesse!
Nous arrivons à Aral, ville tristement célèbre pour avoir subi de plein fouet le désastre écologique de la mer éponyme. A l'époque soviétique, Moscou avait décidé l'exploitation extensive de la culture du coton en Ouzbékistan et au Turkménistan en entreprenant d'immenses travaux d'irrigation dans ces pays. L'industrie cotonière en plein désert a, sans surprise, fortement diminué le débit des grands fleuves Amou Daria et Syr Daria qui peinent aujourd'hui à atteindre ce qui fut autrefois la Mer d'Aral. La mer - en réalité, un lac salé - a aujourd'hui diminué de 80% et ses côtes se sont retirées à plus de 150 kilomètres. Aral était autrefois une ville prospère dont l'économie était tournée vers la pêche. Elle est aujourd'hui une ville poussiéreuse au milieu du désert. Le seul hôtel de la ville est un immeuble de quatre étages, dont deux sont condamnés, situé sur les quais de ce qui fut autrefois le port. De la mer, il ne reste plus que le sel qui envahit et fait tout rouiller. L'ambiance est étrange. La ville n'est pas morte pour autant; de nombreux ingénieurs y vivent. Ils travaillent auprès de la base aérospaciale de Baïkonur toute proche. Perdue en plein désert, Aral est presque plus proche des étoiles qu'elle ne l'est de la civilisation...
Les 2000 kilomètres suivants jusqu'à Aktau - où, il faut le deviner, nous n'avons emprunté que des routes indiquées comme autoroutes sur les cartes officielles - peuvent se résumer comme suit:
5 jours de route, du matin au soir, sans rien voir. De la steppe, de la steppe, de la steppe et une ville, Aqtöbe, sans intérêt. 5 jours à nous faire secouer sur des routes impratiquables. 5 jours à avaler une poussière de craie irrespirable. 5 très longues journées où les enfants auront été sages au-delà de nos espérances. Si vous souhaitez vous organiser des vacances de nihilistes, le centre du Kazakhstan est une destination de choix. Voyage de contrastes: bruit assourdissant de la voiture qui s'écrase dans les trous de la route et silence extrême des bivouacs sauvages; reliefs cassants des routes brisées et platitude infinie des paysages. Au final, on se dit que, hormis l'incroyable gentillesse spontanée des Kazakhs, la seule richesse du pays se trouve dans son sous-sol.
Cela étant, il existe une certaine esthétique du néant et un mysticisme étrange rayonne du silence plombant qui règne dans ces paysages désolés. On imagine sans mal que l'islam n'a jamais supplanté complètement le chamanisme millénaire dans ces régions où les hommes n'arrêtaient jamais de se mouvoir.
A trois cents kilomètres de l'arrivée, toujours sur une piste cabossée, la chapelle d'une de nos supensions avant se casse complètement. Nous sommes complètement au désespoir d'arriver au bout de ce voyage infernal. De 40-50 km/h, notre vitesse passe à 15-20 km/h. Pour nous distraire un peu, les paysages se creusent de canyons crayeux. La région abrite des mosquées souterraines datant d'une époque où les caravanes des routes de la soie empruntaient cet itinéraire désolé. Nous n'avons plus le courage d'entreprendre leur visite qui oblige à s'enfoncer quelque peu dans le désert et avançons en "boîtant" avec notre voiture abîmée vers la mer. Quand nous apercevons enfin l'étendue gris-bleue, ce ne sont que cris de joies dans la voiture. Sauf Balthazar qui nous regarde avec étonnement et qui scrute à l'horizon pour comprendre ce qui peut bien provoquer cette hystérie. Il se mettra à rire lui aussi, par contamination.
Nous nous enquérons tout de suite de l'arrivée d'un ferry ; il y en a un dans le port qui part le jour même, mais nous n'avons pas nos visas azéris! Nous sommes samedi et le consulat d'Azerbaïdjan est fermé. Ce bateau-là n'est pas pour nous. Evidemment personne ne sait quand arrivera le prochain et nous sommes conscients que l'attente peut durer plus de dix jours. La piscine de l'hôtel sera une réjouissance pour Arthur et Balthazar qui ne s'impatientent pas du tout de prendre le navire. Le week-end nous permettra aussi de nous reposer avant l'épreuve qui nous attend: nous savons que monter à bord de ce bateau n'a rien d'une sinécure.
Le lundi ne voit pas venir de ferry mais Antoine s'attèle à la tâche de récupérer nos visas. Le consul annonce qu'il n'a pas reçu les documents officiels nous concernant quand bien même nous sommes enfin en possession d'un facsimilé de lettre d'invitation conforme! Cette mauvaise nouvelle fait pâlir Antoine qui explique notre mésaventure : à Tashkent, cette lettre d'invitation dotée du précieux sceau d'approbation du ministère des affaires étrangères de Bakou n'étant toujours pas arrivée, nous l'avions faite rediriger vers Bishkek, où nous étions sûrs de passer plus tard; là-bas, celle que nous avions présentée était intitulée "consulat de Bishkek", mais comportait le code diplomatique du consulat de Tashkent. Après investigation, il s'est avéré que l'original avait été envoyé à Douchanbé ! La désorganistation du ministère azéri nous a donc valu un refus temporaire. Plutôt que d'attendre indéfiniment à Bishkek, nous nous étions donc assurés de la présence d'un consulat à Aktau pour les retirer sur place. Le consul est un peu gêné des problèmes que nous avons rencontrés. Après vérification auprès de notre agence chargée de nous délivrer cette invitation, il accepte de nous remettre nos visas malgré cette informalité. Nous voilà soulagés.
Avec un peu d'imagination, Aktau pourrait être une jolie station balnéaire si ses plages n'étaient pas jonchées de détritus et tessons de verres... La ville avait été bâtie là, à 300 kilomètres de la prochaine ville, à l'époque de la faucille et du marteau, dès que du pétrole y fut découvert dans les années 50. Les architectes urbanistes soviétiques voulurent y créer une ville idéale; un rêve soviétique dans le désert avec son plan en damier et ses micro quartiers. A cette époque, Aktau était un lieu de villégiature prisé de l'élite soviétique. Le tourisme a fortement décliné depuis et la côte alentour n'attire plus que les traders en pétrole, les ingénieurs en forage et les manutentionnaires de plateforme. Le Kazakhstan connait actuellement sa ruée vers l'or (noir) et il règne quand même une atmosphère de far west assez tangible dans cette partie du pays. Sauf qu'ici, les Daltons doivent plutôt être des officiels peu scrupuleux que des bandits à cheval...
Nous n'avons aucune nouvelle du bateau et décidons mardi matin d'aller au port en repérage. Nous trouvons le bureau responsable de la vente des billets. Là, un couple d'anglais de notre âge, attendent l'arrivée de l'agent. Ils ont cru comprendre qu'un bateau serait sur place le jour même. L'agent kazakh confirme en arrivant et nous donne rendez-vous à 15 heures pour acheter les billets et commencer la procédure d'embarquement. Il informe toutefois Antoine que, dans un premier temps, il peut venir sans Julia et les enfants parce que l'embarquement devrait s'effectuer dans la nuit après qu'un pétrolier en cours de chargement ait quitté le quai. Une certaine excitation nous gagne, la mer Caspienne est un obstacle majeur à franchir sur notre itinéraire et voilà le ferry qui entre au port pour nous mener en Azerbaijan.
14h55. Antoine arrive au port plein d'entrain pour acheter les billets. Il n'en reviendra qu'à 20 heures. C'est que le ferry n'a rien d'un ferry pour passagers. Il s'agit en premier lieu d'un bateau cargo chargé du transport de trains entiers de part et d'autre de la mer. Ce n'est qu'accessoirement qu'il transporte véhicules et passagers. Du coup, le service s'en ressent: rien dans le port n'est fait pour faciliter la tâche des passagers. Il faut encore ajouter à cela le fait que le personnel portuaire a été formé à la méthode soviétique. Bref, rude perspective. L'achat des billets fut déjà une lutte: Antoine avait dû faire le voyage retour vers le centre ville pour aller chercher des documents douaniers pour la voiture; le système informatique de la billeterie était tombé en panne pendant plus d'une heure et lors du premier voyage retour en ville, Antoine avait laissé son porte-monnaie dans la chambre d'hôtel, ce qui entraîna un second aller-retour...
Une fois les billets en mains, commence l'épreuve véritable: les documents présentent trois cases vides apparemment anodines qu'il suffit d'aller faire timbrer par les douanes, la police et le service du feu respectivement. Les difficultés sont les suivantes: les documents doivent être tamponnés par ces autorités récalcitrantes dans le bon ordre et aucun panneau - ni personne d'ailleurs - ne donne d'information sur le lieu où ces formalités doivent être accomplies. Par chance, Antoine sera aidé par Rob, l'anglais que nous avions rencontrés le matin, qui lui dessinera un plan du port sur une feuille volante. C'est le parcours du combattant: le bureau de police en chantier se situe dans un cube en tôle ondulée. On y pénètre par une porte dérobée dans un couloir bordé d'une quinzaine de portes vertes. Antoine s'y trouve en même temps qu'un sympathique camionneur turc. On ouvre les portes une à une: l'une s'ouvre sur un dépottoir, la suivante sur un bureau en train d'être repeint et ainsi de suite jusqu'à ce qu'on ouvre celle de deux policiers surpris à jouer avec leurs portables. Ils nous jettent dehors comme si on les avait dérangés. C'est qu'il se joue un double jeu dans le port d'Aktau: d'une part, notre chasse aux tampons, d'autre part, leur chasse aux bakshishs. Dans cette perspective, les policiers préfèrent nous recevoir individuellement. Notre tactique bien rôdée d'imbécile ne comprenant rien aux paroles ni gestes des officiels qui nous réclament de l'argent marche une nouvelle fois à merveille: le sourire niais est une arme redoutable! Il nous obtiendra sans frais les tampons des douanes et de la police. Le service du feu, moins avide, se situe de l'autre côté du port dans un baraquement introuvable, caché derrière un impressionnant réseau d'oléoducs. Le pompier de service, un dinosaure desséché, tamponne mollement notre feuille, le clope au bec. Bref, trois tampons, deux heures de lutte et le sentiment de se faire traiter comme un animal nuisible.
L'employé kazakh chargé de la vente des billets avait été très évasif sur l'heure possible d'embarquement: " à partir de 3-4 heures du matin, peut-être ". Nous décidâmes que l'un d'entre nous irait dormir au port afin que les enfants puissent bénéficier du confort de l'hôtel pour la nuit. Antoine y retrouve deux français de Lyon, Samuel et Sylvain, partis de Shanghai à bord de side-cars chinois des années 40, encore produits de nos jours (http:silksidestory.free.fr) et un motard espagnol, Miguel, venu d'Espagne par la Russie et l'Ukraine, qui se faisaient un pique-nique au caviar et à la vodka dans le parking du port. La palme du voyage le plus excentrique revient à Rob et Judy, le couple d'anglais, qui ont modifié leur vieille Skoda, achetée 300 livres, pour effectuer en trois semaines une boucle Oxford, Calais, Belgique, Pays-Bas, Allemagne, République Tchèque, Pologne, Ukraine, Russie, Kazakhstan, Azerbaijan, Géorgie, Turquie, Bulgarie, Hongrie etc.. Si bien qu'au moment d'embarquer, il ne restait à Judy qu'à peine dix jours avant de pointer à son bureau d'Oxford!
La valse des trains de marchandises dure toute la nuit. Au petit matin, la situation reste inchangée et ainsi de suite jusqu'en milieu de matinée lorsque Julia et les garçons arrivent. Soudain un groupe de voyageurs français débarque du bateau et vient à notre rencontre. Nous nous échangeons des informations. Puis rien de remarquable ne se passe jusqu'en début d'après-midi sauf en ce qui concerne la température qui ne cesse d'augmenter. Nous décidons de tenter notre chance et traversons la douane. Toujours aussi peu amicaux, les douaniers font leur travail et nous ouvrent la barrière. Les motards suivront et nous retrouveront sur le quai. Julia et les enfants nous attendent dans le local de la police pour les tampons de sortie du pays. Nous patienterons deux heures durant dans une salle glauque dont la cafétéria reste désespéremment close. Quand les formalités sont enfin accomplies, nous nous retrouvons dans une nouvelle salle à attendre que les tampons de tous les passagers soient apposés. L'administration dans ce pays est terrifiante: nous sommes tous traités comme des forçats. Après 27 heures de procédure et d'attente, nous voici sur le ferry...
Le bateau est vieillot et les cabines usées mais le restaurant-bar climatisé. Tout le monde se prépare pour une longue traversée. Les lumières du couchant sont belles pendant que les voyageurs se racontent leurs aventures en image. Arthur et Balthazar sont ravis d'être à bord et jouent avec d'autres enfants. Tout le monde est épuisé et cherche à se distraire quelque peu avant d'aller dormir. Le lendemain matin, le bateau vogue à travers des forêts de plateformes pétrolières alors qu'aucune terre n'est en vue. On se dit qu'on aurait presque pu traverser cette mer à pied! La joie d'enfin apercevoir Bakou en début d'après-midi est tempéré par l'annonce que le bateau ne pourra rentrer au port que le lendemain matin. Le temps passe. Lentement. Nous couchons les enfants. Soudain, c'est la panique à bord: il faut libérer les cabines immédiatement. Les employées du bord passent l'aspirateur en vitesse dans les chambres encore occupées en chassant les passagers (et en réveillant Balthazar qui venait de s'endormir...). Nous accostons!