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KIRGHIZISTAN

 

Osh - Fergana - Bishkek - Kochkor - Song Köl

KARAKUL (Tadjikistan) - OCH - 20 juin 2009

En arrivant au sommet du col ..., nous nous arrêtons devant la barrière de la douane tadjike avec un léger doute. Ce n'est plus la crainte des douanes des pays d'Asie centrale qui nous tracasse (après le Turkménistan et l'Ouzbékistan, nous sommes rôdés!), mais une certaine incertitude au sujet d'une aberration administrative tadjike concernant l'importation temporaire des véhicules étrangers. A l'entrée dans le pays, nous avions payé une taxe (faible) nous permettant d'introduire le véhicule dans le pays pour une durée de huit jours, à charge pour nous de faire prolonger cette autorisation à Dushanbe. A Dushanbe, le bureau des douanes nous a dit qu'il était trop tôt pour effectuer cette démarche et nous a renvoyé au bureau des douanes de Khorog. A Khorog, le responsable des douanes nous a toisé d'un regard bovin et a hoché des épaules. Finalement, à la sortie du pays, en guise d'autorisation officielle, nous avons une feuille volante manuscrite du douanier de Khorog indiquant qu'il n'avait jamais entendu parler d'une quelconque taxe de ce genre... Au delà des formalités qui durent, parce que - selon une logique qui est propre à ces pays - chaque douanier inscrit à la main les mêmes informations nous concernant dans les marges de son petit cahier d'écolier, nous avons cette fois la surprise d'être contrôlés par un chien anti-drogue surexcité par l'odeur de la nourriture que nous avons à bord! Deux aigles de belle envergure tournoient au dessus de nos têtes, comme pour nous narguer: ils dessinent librement des cercles dans le ciel, passant allégrement des côtés tadjik et kirghiz de la frontière. Le monde des hommes est compliqué. Lorsqu'enfin la barrière tadjike se lève - après que les douaniers aient tenté en vain de mendier quelques bakchichs, notamment en raison de notre feuille volante - nous reprenons la route: le poste frontière kirghiz est 20 km en aval.
La montagne rouge grouille de marmottes jaunes qui courent difficilement pour se cacher dans leur trou tant elles sont grasses. Les aigles du poste frontière ne doivent avoir aucune peine à se nourrir...

Contre toute attente, le passage de la frontière kirghiz est simple: pas de paperasse; pas de fouille de la voiture! Un tampon dans chaque passeport, quelques questions teintées d'humour et nous voici libre de circuler au Kirghizistan! Quel agréable changement!

La route jusqu'à Och est longue mais magnifique. Nous avions initialement l'intention de nous arrêter à Sary Tash mais nos hôtes du lac Karakul nous l'ont fortement déconseillé: “tous des alcoliques!” nous a-t-il fait comprendre en se frappant la glotte d'une chiquenaude. Derrière nous: le Pamir majestueux. Devant nous, les Tian Shan qui se dressent comme un mur. Au milieu la vaste plaine de l'Alaï. Sary Tash n'a aucun charme mais son nom résonne dans nos têtes comme une chanson mélancolique. Elle évoque déjà la Chine caravanière puisqu'elle est une ville-étape récurrente pour les voyageurs qui traversent la frontière au col d'Irkesham, non loin de là, et dont nous avons lu les récits. Ce ne sera pas notre cas; les difficultés administratives qu'impose la Chine sur l'introduction des véhicules à moteur étrangers sur son territoire nous ont dissuadé. Une autre fois, peut-être.
Pour entamer notre descente vers la vallée du Fergana, nous devons d'abord passer un col bien raide sur une route grise de poussière, au milieu des camions exhalant leur fumée noire. Ensuite le cours des torrents nous indique le passage dans les défilés. Les paysages changent bien vite ; nous laissons derrière les pics acérés tandis que les hordes de chevaux nous accueillent dans leurs alpages verdoyants. Des tâches de neige et quelques yourtes ponctuent de blanc les versants herbeux. Quelques dix heures après, l'arrivée dans la plaine est magique. Les collines s'élargissent et s'étalent pour laisser place aux champs de blé et aux peupliers. Nous retrouvons l'été et sa chaleur, ses odeurs, ses couleurs. Perché 4000 mètres plus haut, le Karakul nous semble déjà bien lointain...

 

VALLEE DU FERGANA - 21 et 22 juin 2009

Le bonheur simple d'une douche après sept jours sans commodités nous éloigne encore de l'aridité du Pamir ! La ville de Osh est assez moderne et très animée. Nous allons arpenter son bazar très renommé. Celui-ci est exhubérant par sa taille, il couvre plus d'un kilomètre le long de la rivière et s'étend à plusieurs quartiers. Les badauds se bousculent jusqu'à ses confins pour dénicher la perle rare. Avec patience et ardeur, il est possible d'y trouver n'importe quoi ! On dit de ce bazar qu'il est aussi vieu que Rome.


Alors que nous avions fait nos "au revoir" à Geert et Dries à la frontière du pays, les voilà qui rejoignent la même pension que nous dès le lendemain ! Il ne leur reste plus qu'une semaine pour gagner Almaty ! De notre côté, nous décidons d'atteindre Bishkek directement pour y faire nos visas plutôt que de nous enfoncer vers l'est du pays. La vallée du Fergana est encore le lieu d'un découpage absurde entre trois pays : l'Ouzbékistan occupe presque tout le centre, à l'intérieur duquel vient s'imiscer une enclave tadjike tandis que le Kirghizistan vient les encercler. Nous longeons donc les piémonts pour contourner les démarcations bien gardées. Petit détour à Arslanbob, village niché dans les contre-forts des Tian Shan, connu pour ses noyers centenaires. Le site est beau mais très touristique. De retour dans la plaine, la recherche d'un campement est plus compliquée car nous n'osons pas trop nous aventurer dans les champs de peur de traverser la frontière à notre insu. Nous trouverons finalement un lieu en surplomb de la route. Les paysans qui campent près de leurs champs durant la saison nous offrent généreusement concombres, tomates et abricots cueillis dans la minute et qui feront notre dîner. Le coucher de soleil est féérique et Arthur jouera avec leurs enfants jusqu'à tard dans la soirée.

BISHKEK - 23 au 27 juin 2009

La capitale à la lisière du désert est complètement séparée de son pays par deux chaînes de montagnes. La route qui nous y conduit nous fait longer des lacs, traverser des barrages, grimper jusqu'à 3000 mètres et traverser de hauts plateaux où paissent chevaux et yacks. Les taches de neige laissent place à des fleurs printanières qui jaunissent des pans entiers de montage. Hormis les vendeurs de kumis (boisson nationale alcoolisée à base de lait de jument fermenté) et leurs yourtes, ce décor nous est assez familier. Bien sûr, la Suisse n'est pas aussi vaste ! Elle est surtout beaucoup plus construite qu'ici !


A notre arrivée, Nazgul, une jeune femme kirghize que nous avions rencontrée à Genève avant notre départ, nous accueille avec la politesse typique de l'Asie centrale: un élan de générosité. Nous pouvons loger dans un appartement de sa famille qui s'est libéré à ce moment-là. Notre amie n'hésite pas à prendre du temps pour nous assister dans nos démarches et satisfaire tous nos besoins. Nous sommes vraiment reconnaissants de son aide précieuse auprès des administrations kazakh et azérie. Cependant cet excès de disponibilité et d'organisation nous met un peu mal à l'aise. Nazgul a le dessein de nous faire découvrir sa ville mais Bishkek ne présente que peu d'attrait touristique et ses bâtiments de style communiste n'invitent pas à la promenade. Toutefois sa compagnie sympathique sera une bonne approche de la culture moderne. Et pour le plaisir d'Arthur et Balthazar, le parc Panfilov abrite de nombreux manèges moins rouillés qu'à Tashkent qu'ils testent tous pendant trois jours !

KOCHKOR - 27 et 28 juin 2009

Nous quittons la plaine en direction du lac Issy Kul puis bifurquons au sud-ouest vers la ville de Kochkor. Ce carrefour, bien qu'insignifiant aux yeux de chacun, marque pour nous le point le plus à l'est de notre périple: à présent, notre cap général est l'ouest!

Kochkor est cernée par des montagnes bien enneigées et malgré le soleil encore brillant, l'air est déjà plus frais. Nous frappons à la porte de Jumagul pour passer la nuit. Sa maison est aussi réputée pour ses shyrdak (tapis en feutre de laine cousus de plusieurs motifs assemblés) aux teintes naturelles. Nous trouverons notre bonheur ici et au centre Jailoo de la ville qui rassemble des confections régionales. Mais maintenant notre coffre est complètement plein et les paquets tombent à chaque ouverture !
Nous rencontrons une quinzaine de voyageurs regroupés dans un camion, partis de Londres pour rejoindre Sydney ! Drôle d'équipe ! Ils sont montés la semaine précédente au lac Song Köl, encore enneigé, où aucune yourte n'avait encore pris ses quartiers d'été. Nous nous dirigeons justement là-bas. Nous verrons bien...

SONG KÖL - 28 et 29 juin 2009

La route est belle et nous prenons rapidement de l'altitude (le lac se situe à 3000 mètres d'altitude). Après la passe, s'ouvre un immense plateau : la vaste étendue verte est encerclée de montagnes, le lac scintille, turquoise sous le reflet du ciel et des nuages, des centaines de chevaux s'ébrouent au milieu des yourtes et des hommes burinés par les éléments. Tout simplement majestueux. Eblouis, nous flottons sur le toit du monde au bord de ces eaux dont le nom signifierait "le dernier lac"; dernier lac avant le ciel.
Nous contournons par la rive sud. Aitbek et sa famille sont montés au jailoo (pâturage d'été) pour faire paître moutons et chevaux. Plusieurs yourtes sont dressées pour accueillir des étrangers dans leur camp bien organisé. Une grande tente fait office de pièce à vivre tandis qu'eux-mêmes se partagent une roulotte et une autre yourte. Ils possèdent même des panneaux solaires. Une source qui jaillit à deux pas alimente en continu un réseau pour le lavabo extérieur et les toilettes les plus propres d'Asie centrale !
Arthur et Balthazar transforment rapidement notre yourte attribuée en cabane et déballent avec plaisir leurs jouets dans l'herbe rase. Rapidement un cheval est sellé et Julia part explorer les abords marécageux du lac. Cet espace ouvert nous transpose hors du temps. Nous convenons de rester ici plus longtemps qu'un seul jour. Plus tard dans l'après-midi, hommes et enfants se réunissent autour des femmes qui laissent leurs ouvrages de côté (elles cousent des shyrdaks) pour boire du kumis et de la vodka en mangeant du chocolat. Nous refusons ardemment l'alcool russe mais goûtons à la boisson kirghize ; l'épreuve s'avère moins difficile que prévu et hormis le goût fumé, ce lait pétillant est assez frais. Nous arriverons à boire le bol en entier !


Le soleil dessine maintenant de longues ombres et enflamme les nuages. Mais dès la tombée du jour, le vent se lève. Il soufflera la nuit durant par tous les interstices de notre yourte et rendra la nuit diablement froide. Aussitôt les enfants réveillés, Julia sonne la cloche du départ. Antoine acquiesce à cette décision. Il pleut, vente et pendant que nous prenons un petit-déjeuner, l'eau se transforme en grèle et en neige ! Nous décampons rapidement. Le spectacle du lac noir sous la tempête qui blanchit les sommets alentours est magistral. Tout comme les bergers en selle, à l'affût de leur troupeau.

Nous redescendons vers Chayek par des mines de charbon avant d'atteindre la vallée de Suusamyr. La neige n'est plus que de l'eau et le paysage est assez différent. Plus abruptes, les montagnes se dénudent ; les roches rouges barrent notre chemin qui serpente le long d'un torrent en liesse. Pour fuir le mauvais temps, nous traversons encore la chaîne qui nous sépare de la plaine désertique au nord. De l'autre côté, le ciel se dégage sur les cultures à perte de vue et nous dressons le campement dans un champ tout juste fauché. La frontière kazakhe n'est qu'à une cinquantaine de kilomètres.

 

 

 

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