PREMIERS JOURS EN SYRIE
Le 08 mars 2009
Etourdis de recommandations sur la conduite en Syrie (surtout ne jamais conduire de nuit !), nous arrivons à l'aéroport de Damas où nous attend le loueur de voiture. Cela fait déjà bien une heure que le soleil s'est couché... Nous nous dirigeons donc - de nuit - vers Damas pour trouver notre hôtel sans aucune carte valable de la ville. C'est la première occasion de constater la gentillesse spontanée des syriens qui nous guident à bon port. Sans encombre ni frayeur.
Promenade à travers la vieille ville de Damas et ses souks. Nous sommes plongés dans la vie quotidienne des habitants. Transistors hurlants, mouezzines rugissants, klaxons virulents. Aucun doute, nous sommes dans une ville énergique du Moyen-Orient. Notre grande surprise est de découvrir l'intérieur de la grande mosquée (Mosquée des Omayyades) tout autant animé que les rues alentours. La grande cour ressemble à une cour de récréation abritant les courses des enfants sous l'oeil distrait de leurs parents. C'est peut-être à cela que devaient ressembler les forums/agoras des temps antiques. Le bâtiment maintes fois détruit et reconstruit, majestueux dans sa taille et ses proportions, fut d'abord dédié au culte de Baal, puis celui de Jupiter avant d'être exclusivement chrétien à l'époque byzantine. A l'arrivée des musulmans, le bâtiment fut partagé entre islam et christianisme avant d'être exclusivement musulman, lorsque Damas devint le siège du Khalifat.
Cette première journée éprouvante a eu raison de toute la famille !
Nous fuyons la fureur de la ville par les routes du sud en direction de la frontière jordanienne pour découvrir la ville syrienne de Bosra. Il s'agit d'une ville ressurgie des sables dans les années 30, ancienne capitale nabatéenne, prenant le relais de Pétra, devenue province romaine d'Arabie sous Trajan. La beauté du site provient autant du très bon état de conservation (surtout son amphithéâtre) que de l'uniformité de ses constructions en basalte noir. Pour faire revivre les pierres aux yeux d'Arthur, nous faisons appel aux aventures d'Astérix et Obélix et les fameux légionnaires. Il s'est finalement amusé du chaos des ruines, encore habitées aujourd'hui. Balthazar quant à lui s'est offert un "gimkhana" en poussette 4x4 sur la voie romaine. Les deux petits blonds ne passent pas inaperçus et la poussette rouge fait son effet aussi. Leur photo doit déjà être enregistrée dans la moitié des téléphones portables de Syrie !
Retour dans la capitale. Nous allons dans un autre quartier de la vieille ville où nous faisons la rencontre inattendue de Yacine. Il nous guide à travers les rues et nous mène jusqu'à chez lui pour nous jouer de la guitare et nous offrir le thé. Son frère Kheniwar, son cadet de plusieurs années, tombe sous le charme de Balthazar qui entre en transe sous l'effet du thé de sauge et du son envoûtant de la guitare. L'accueil de ces hommes, kurdes d'Alep, est plus que chaleureux. Ils ne trahissent pas leur réputation de spontanéité et de générosité. Les quartiers que nous découvrons sont moins commerçants et dévoilent la vie simple de leurs habitants. Nos enfants regardent déjà la ville différement et prennent leurs marques dans ce nouvel environnement. Ils découvrent aussi le "Chat noir", gauffrette chocolatée, qui fait le bonheur de leurs goûters et tourne rapidement à l'obsession, si bien que nous trimbalerons avec nous un énorme carton !
Les 12-13 mars 2009 - Deir Mar Musa, via Maalula - Palmyre
Après un tour involontaire de la ville de Damas à la recherche d'une place de parking, nous reprenons notre route vers le nord. Le palais Azem demeurera un mystère pour nous... Balthazar s'est entretemps endormi.
Maalula se niche dans le lit d'un ancien torrent qui coupe une falaise abrupte en Y. Le village, à moitié troglodyte, est un des derniers lieux sur terre où l'araméen est couramment pratiqué. En surplomb du village se dresse le couvent St Serge dont l'église du VIe siècle abrite quelques icônes précieuses. La guide du lieu qui nous récite le "Notre Père" en araméen couvre difficilement les cris d'excitation des enfants. De l'autre côté du village, passé le couvent St Thecla sans intérêt, un chemin naturel creusé dans la roche serpente. Le spectacle est magistral et les villageois qui empruntent quotidiennement ce chemin couvrent les enfants de baisers et prennent de nombreuses photos, à l'agacement d'Arthur qui préfère grimper sur toutes les parois. Nous découvrons un Balthazar bon marcheur - ce qui est de bon augure - et frustré de ne pouvoir suivre Arthur dans ses escalades.
Nous avons ensuite poursuivi notre route en direction de Deir Mar Musa, ancienne citadelle romaine juchée dans une gorge étroite et dominant une vallée désertique. Selon ses habitants, elle devait servir à sécuriser la route de la Soie qui passait en contre-bas. Le lieu a été transformé en monastère aux environs du VIe siècle par Musa, descendant royal éthiopien ayant renoncé à son trône pour mener une vie pieuse. Le monastère perpétue les rites chrétiens des origines et la vie autarcique rappelle celle des premières communautés religieuses byzantines. Abandonné pendant 150 ans, le lieu a repris vie dans les années 80.
Sur la route nous avons embarqué David, jeune homme solide aux cheveux rasta, qui séjourne au monastère depuis Noël. Il est le premier à nous accueillir et les belles rencontres se succèdent. David, Diane, Ibrahim de Marseille, Brahim de Damas... Le voyage a véritablement débuté !
A regret, nous quittons Deir Mar Musa après la nuit passée tous les quatre sur la même couche au sommet de l'imposante bâtisse. Exceptionnellement, homme et femme n'ont pas été séparés pour la nuit ! Nous garderons en nous cet accueil fabuleux, le souvenir de la messe du soir en arabe et la vibration de ce lieu hors du commun. Nous reviendrons. Les histoires de tous ses habitants plus ou moins temporaires rendent cet endroit magique.
Nous traversons ensuite une partie de désert en direction de Palmyre, où nous déambulerons dans une petite partie des ruines magistrales, accompagnés par un cortège d'enfants. C'est vendredi. Les ruines sont envahies par les familles de la ville venues pour pique-niquer, jouer et se promener. Arthur s'est lié d'amitié avec une bande de jeunes locaux avec lesquels il entreprit l'escalade de toutes les colonnes et autres chapiteaux à sa portée (si Nanine voyait ça...!).