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SYRIE : LA SUITE


Palmyre - Krak des chevaliers - Hama - Alep - St Siméon - Rasafa - Apamée - Salah al-Din

Le 14 mars 2009 - Palmyre

Nous retournons sur le site de Palmyre pour continuer son exploration. Les habitants qui animaient les lieux la veille ne sont pas au rendez-vous. Seuls deux cars sont garés à l'entrée du temple magistral dédié à Baal. Le temps de notre hésitation à en entreprendre la visite malgré la foule, Balthazar s'est endormi dans la voiture. Nous commencerons donc par la vallée des tombes (quelques centaines de mètres plus loin), en alternance, chacun surveillant Balthazar à son tour! Dans un paysage désertique à la sortie de la ville antique, se dressent des tours à base carrée pouvant atteindre quatre étages (pour les moins écroulées) dans lesquelles on plaçait de très nombreux sarcophages. Curieux spectacle. Les enfants ont pour leur part fait une découverte bien plus intéressante : des scarabées poussiéreux qui s'évertuent à s'échapper des tombeaux et autres pièges qu'Arthur dresse à leur intention. Plus tard, nous visitons le temple dédié à Baal dans un nuage de poussière soufflé par le vent. Ses immenses murs et colonnes fouettés par le sable depuis deux millénaires imposent l'humilité face à leur démesure.



Le 15 mars 2009 - Krak des Chevaliers - Hama

Nous quittons Palmyre, le désert et le soleil pour le krak des chevaliers à quelques heures de route. A l'approche de Homs, le paysage change de manière abrupte ; la plaine désertique laisse place à des vallons verdoyants d'oliviers et d'amandiers en fleurs. La pluie accompagne notre bond dans le temps. Nous voici à l'époque des croisades dans le château de Richard Coeur de Lion. Le fort est aussi imposant qu'austère et quasiment intact. Les rafales de vent et la pluie auront tôt fait de calmer la hardiesse de notre petite troupe qui, bien que partageant idéalement l'esprit d'aventure des croisés, ne fait preuve en la circonstance d'aucune persévérance face à l'adversité. Sur ce, nous partons à la recherche d'un hôtel à Hama, ville connue pour ses "Norias" : grandes roues d'irrigation qui puisent l'eau de l'Oronte pour la redistribuer dans la ville. Nous sommes un peu déçus : la vieille ville est quasi inexistante, faute à un bombardement ordonné dans les années 80 par le Président syrien Hafez El Assad pour mater une insurrection des Frères musulmans et les fameuses "Norias" baignent dans un amas de déchets nauséabonds... Après la splendeur des jours passés, la relative pauvreté du site n'en est que plus saisissante.
Après avoir tenté en vain de connecter notre ordinateur à Internet à Palmyre, nous essuyons un nouvel échec à Hama : nous apprenons à nos dépens qu'il est difficile de connecter un Macintoch à la toile en Syrie! Nous sommes mal engagés pour uploader notre première page du site, qui est pourtant prête...



Le 16 mars 2009 - Campagne entre Hama et Alep

Nous quittons Hama et décidons de partir en goguette dans la campagne environnante. Les couleurs sont celles d'un beau printemps : le tapis vert éclatant de la campagne est interrompu ici et là par les taches multicolores des fleurs de saison. Tout l'atmosphère sent l'herbe fraîche. Quel bonheur. Le contraste avec le paysage minéral de Palmyre (qui n'est pourtant située qu'à deux heures de route) est frappant. Nous nous arrêtons sur une colline pour un pique-nique improvisé où nous fêtons dans la plus grande simplicité les 30 ans d'Antoine. Arthur qui est ravi nous fait remarquer qu'il s'agit de son tout premier pique-nique "de toute sa vie". Nous reprenons le chemin vers le Qasr Ibn Wardan dans un paysage égréné de villages et de "Bechires", anciennes ruches côniques en pizé, qui rappellent certaines images d'Afrique. Le Qasr Ibn Wardan est un palais byzantin fortifié érigé sous le règne de l'empereur Justinien en briques rouges et basalte noir. Nous avons beaucoup de plaisir à le découvrir sous tous ses angles en gravissant ses escaliers qui mènent à des étages aujourd'hui à ciel ouvert. Balthazar fait de très grands progrès pour la marche : sa relative aisance sur les sols accidentés des ruines est étonnante. Si seulement il pouvait arrêter de ramasser et mettre dans sa bouche tous les gravillons qui jonchent les sols de Syrie! Nous finissons notre boucle campagnarde et nous dirigeons vers la deuxième ville de Syrie : la mythique Alep.

 

Les 17 et 18 mars 2009 - Alep

Alep est une ville charmante. De dimension égale à Damas et également débordante d'activité, elle dégage une atmosphère de douceur de vivre. Nous nous dirigeons vers la citadelle qui domine toute la ville mais restons aux pieds des murailles ; le site est fermé le mardi. Tant pis, les terrasses des cafés sur l'esplanade entre l'entrée principale et la Madrassa sont trop tentants pour qu'on les ignore. Nous déjeunons. La nourriture syrienne est délicieuse et est essentiellement composée de mezzés et de grillades. Il s'agit en fait de ce que nous appelons la cuisine libanaise : hommous, mutabale, tabouleh, kebabs, galettes de pain, fromage frais de chèvre... Nous nous régalons. Même Arthur! Après un bon repas et une shisha, nous nous enfonçons dans la vieille ville, importante étape des routes de la soie. En atteste la soixantaine de caravansérails de toutes dimensions dissimulés dans ses entrailles. En chemin vers la mosquée de Zacharie (également Grande Mosquée ou Mosquée des Omayyades), un aléppin d'origine arménienne nous aborde dans un français parfait (Alep abrite d'importantes communautés arménienne et kurde) et bavarde avec nous jusque dans la mosquée où les enfants sont ravis de se défouler dans la magnifique cour intérieure : courses folles, dérapages et glissades jusqu'à épuisement à la nuit tombée, sous l'oeil amusé des fidèles. Notre guide improvisé nous invite à boire le thé dans une arrière boutique où il se transforme en vendeur de bijoux. Nous repartirons avec trois colliers et une bague. Nous nous serons facilement laissés tentés, séduits que nous sommes.

Le lendemain, nous repartons à la découverte de la vieille-ville. A la recherche des Khans (nom arabe signifiant caravansérail), nous parcourons les ruelles colorées par des échoppes de tissus et de fruits secs en tous genres. L'abondance des vendeurs dissimule les portails des Khans devant lesquels nous passons sans doute sans même nous en rendre compte. Nous visitons un ancien hospice du XIVe siècle avec ses trois cours et ses cellules pour les déments. Des statues de cire censées illustrer l'activité des médecins renforcent l'atmosphère morbide du lieu. De retour dans les souks, nous nous faisons aborder par un jeune homme parlant un bon anglais qui nous guide vers le caravansérail le plus important de la ville ; celui-ci demeure aujourd'hui encore le centre des exportations de tissus de la vieille ville d'Alep. Après la rapide visite, le jeune homme nous propose de venir nous désaltérer dans sa boutique de... bijoux arméniens. Les enfants affamés sont une bonne excuse pour refuser et nous repartons déjeuner au pied de la citadelle que nous visiterons l'après-midi. A son sommet, la colline fortifiée renferme les ruines d'une ville où se dressent encore une mosquée, un théatre et un café avec vue panoramique sur Alep. C'est surtout le repère des amoureux.
La fin de journée se passera dans un Internet café où nous pourrons enfin uploader le site. Circumstan prend vie!

 

Le 19 mars 2009 - St Siméon

Au nord-ouest d'Alep, dans la campagne semée de pierres, une forteresse avait été construite pour protéger la basilique Saint Siméon, elle-même édifiée à la mort du saint homme pour consacrer sa vie de prière et de méditation en haut d'une colonne. En effet, la foi de Siméon qui s'est retiré dans une grotte est vite connue à travers le pays et celui-ci se sent rapidement harcelé par les visiteurs venus le consulter. Il fait alors ériger une colonne du haut de laquelle il prèchera et où il se tiendra durant toute sa vie. La basilique a conservé ses arches et ses voûtes. La nature environnante a des airs toscans et nous sillonnons ses collines fleuries à la recherche d'un restaurant pour sustenter les enfants toujours affamés.
De retour en ville, nous emmenons les enfants jouer dans un parc repéré le matin-même. Notre arrivée est très remarquée et trois jeunes filles hardies abordent Julia en arabe égrainé de mots anglais et français. Commence alors un tourbillon de présentations, de sourires, d'embrassades, de questions, de photos qu'il sera difficile de s'extirper ! Balthazar ne peut pas glisser jusqu'en bas du toboggan sans que des bras l'attrapent pour le câliner. Il passe ainsi de bras en bras. Il est assez désorienté et cherche systématiquement nos épaules pour y blottir sa tête. Arthur, plus habile, se faufile, grimpe, grimace mais parfois aussi répond par des "Salaam" et "Je m'appelle Arthur et lui Balthazar". Le sort le plus drôle est réservé à Antoine que tous les syriens appellent du même nom depuis notre arrivée ; vraisemblablement, il passe auprès d'eux pour un présentateur de la télévision turque très connu ici et nous nous entendons souvent questionner à propos de notre origine turque ?! Cette sortie nous laisse totalement harassés de fatigue.

 

Le 20 mars 2009 - Rasafa

Nous nous réveillons avec la pluie. La journée s'annonce morne car, en plus du temps, toute la ville va être fermée. Aujourd'hui et demain ont été déclarés jours fériés nationaux pour la fête des maîtres et des mères. Raison aussi pour laquelle nous ne pouvons pas encore récupérer notre voiture qui a dû arriver hier au port de Lattakia ! Nous désertons nous aussi la ville pour nous enfoncer dans le désert où le temps sera peut-être plus clément. Après deux heures de route, nous approchons les murs de la ville antique de Rasafa, toujours sous la pluie. Mais nous déjeunons en compagnie des bédouins et sommes seuls pour découvrir ce site chargé de mystère. Les remparts qui sont presque entièrement debouts renferment les vestiges ensablés d'édifices en marbre. Celui-ci, sous l'effet de l'érosion, est devenu corrosif et même tranchant par endroits. Informés de la présence d'immenses citernes sous le site, nous recherchons leur entrée. Mahrmud, Mohamad et les autres jeunes garçons présents nous montrent le passage sombre et étroit qui mène à l'intérieur des ces gigantesques voûtes asséchées. Ils ont l'air ravi de notre présence et plaisantent en proposant d'échanger les enfants contre l'un ou plusieurs d'entre eux. Cette plaisante visite précède l'arrivée du soleil qui nous accueille aux portes d'Alep avec ses belles couleurs du couchant.

 

Le 21 mars 2009 - Apamée

Nous empaquetons nos affaires pour le départ. Ces quelques jours à Alep ont été un peu éprouvants et nos nuits aussi : partager notre lit avec Balthazar n'est pas une expérience reposante du tout. Nous filons vers le sud pour rejoindre Lattakia mais les travaux routiers, les sens uniques et le manque de panneaux en alphabet latin ont vite fait de nous perdre dans une banlieue boueuse de la grande ville. Nous retrouvons notre chemin grâce à l'aide de chauffeurs ébahis de nous trouver ici. Nous détournons un peu notre route pour aller voir Apamée, ville majeure du Moyen-Orient depuis le néolithique juqu'à la conquête arabe ; les Perses, Alexandre et à sa suite les Séleucides, Hannibal, les Romains, les Byzantins, les Arabes et les Croisés ont tous livré bataille pour maîtriser cette ville stratégique, dominant la plaine fertile de Al Ghab. Il subsiste aujourd'hui une longue voie d'un kilomètre bordée de colonnades. Sur une section de celle-là, les colonnes sont ornées d'un motif strillé et torsadé encore inédit pour nous jusqu'alors. C'est grandiose mais les enfants font rapidement connaître leur désintérêt et leur mauvaise humeur. Balthazar part dans tous les sens, il est trop fatigué pour marcher et Arthur geint et se plaint qu'il a soif, qu'il est fatigué, qu'il a besoin de faire pipi...Même l'arrivée d'un agneau et de sa mère ne convaincront pas les enfants à continuer. Julia les raccompagne à la voiture, suivie de près par Antoine resté le temps de faire quelques photos. Les ingrédients pour une bonne visite étaient pourtant réunis ! Enfin le calme est revenu à l'arrière de la voiture, les petits hurleurs dormiront jusqu'à destination.

 

Le 22 mars 2009 - Qala'at Salah al-Din

Que notre déception est grande lorsque nous apprenons que notre voiture n'est toujours pas arrivée ! Le bateau sur lequel elle navigue a rencontré des problèmes mécaniques et des intempéries. Ils sont censés arriver le 24 ou le 25 mars. Inch'allah ! Nous devons donc prendre notre mal en patience dans ce décor balnéaire, bien triste hors saison. Il est temps aussi d'agir pour les formalités car nos visas ne couvriront pas le retard accumulé par le shippping. Le côté positif de la situation se trouve sous la forme de jeux sur la plage qui ravissent Arthur et Balthazar et nous laissent le temps d'échaffauder un plan pour la journée. L'office d'immigration déclare que le tampon dans nos passeports est un "vieux" et qu'il ne faut pas prêter attention à ce qui est écrit ; nous pouvons rester un mois en Syrie. Nous verrons bien ce qu'en pense le douanier à notre sortie... En route alors pour le Qala'at Salah al-Din, perché à plusieurs kilomètres de Lattakia. Excursion encore qui nous mène à une forteresse aux aires imprenables : elle suplombe une forêt de pins, séparée de celle-ci par deux ravins profonds, creusés par l'eau au fil des millénaires. Plus impressionant encore est la portion de roche que les Croisés ont eux-mêmes creusés pour séparer totalement le château et suspendre le pont-levis à une vingtaine de mètres au-dessus du vide. Il ne reste pas grand-chose d'autre que la muraille et les contre-forts mais du sommet de la colline, on voit loin jusqu'à la mer (située à 30 km). La vue aussi est imprenable. Cela étant, malgré les impressionnantes défences érigées par les croisés, il ne faudra qu'un mois aux armées de Saladdin (Salah Al-Din) pour les déloger du fort.

 

Le 23 mars 2009 - Lattakia

Bonne nouvelle, le bateau est arrivé ! Maintenant vont commencer les formalités d'importation - si tout se passe bien, nous pourrons avoir notre voiture demain midi et filer vers la Turquie. Nous redoutons la neige et le froid qui vont accompagner notre route pour rejoindre l'Iran. Nous verrons.
A bientôt

 

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