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SYRIE - TURQUIE - IRAN

 

Latakia - Gaziantep - Sanliurfa - Mardin - Hasankeyf - Van - Dogubayazit

23 au 25 mars 2009 - Latakia

Arrivés à Lattakia pour récupérer notre voiture, nous sommes maintenant impuissants face aux procédures diverses qui doivent être exécutées pour qu'elle puisse sortir du port. Le planning prend du retard, nous aurions déjà dû être à son bord le 16 mars !
Cette attente forcée nous permet un peu de repos mais les journées sont longues. Cette ville portuaire est loin d'avoir le charme d'une ville côtière de la Méditerrannée; comme le port industriel est placé au bout de la ville, celle-ci ne jouit d'aucune ouverture sur la mer ; ni plage, ni quai, ni même promenade mais un grillage qui n'isole pas du bruit des trains, camions, grues et autres machines. Il faut parcourir au minimum six kilomètres pour apercevoir un peu de mer. Le musée archéologique n'est qu'un prétexte pour occuper un bâtiment ancien et les réjouissances gastronomiques de la ville se réduisent à des pizzas congelées ou des hamburgers.
En optant pour un hôtel excentré, les enfants peuvent profiter de la plage. Ils sont ravis de cette option qui leur permet de jouer avec les vagues et finir dans la mer, plutôt bonne pour la saison !

 

26 mars 2009 - Toujours Latakia

Nous savons depuis le 24 mars que la voiture est arrivée au port à bord du très mal nommé "Fast Arrow", Flèche rapide qui aura mis 20 jours pour rejoindre Latakia au lieu des 10 initialement prévus! Notre excitation de retrouver enfin la voiture est tempérée par ce que nous annonce l'agent syrien : elle a été cambriolée et l'autoradio a été arraché. Le caractère laconique des informations qui nous parviennent nous laissent imaginer toutes sortes de scénarii catastrophes. Quoi qu'il en soit, les très efficaces et amicaux agents libèrent rapidement la voiture des douanes. Tout l'intérieur est sans dessus dessous. Le spectacle est un peu désespérant. Seul Arthur est radieux qui retrouve ses figurines de dinosaures!

Après un rapide inventaire et une réorganisation du coffre, le bilan est le suivant : nous avons encore beaucoup trop de choses avec nous, moins un autoradio, les outils, les dvd d'Arthur et la garderobe estivale de Julia!

 

27 mars 2009 - Départ vers la Turquie - Gaziantep

Ca y est, nous avons passé la frontière turque ; sans ouvrir notre coffre. Cela a tout de même pris 1h30 alors qu'il n'y avait que quatre voitures dans notre cas... Sitôt redescendus du col où se situe la frontière, le paysage change remarquablement : les monts et les vallées sont plus verts et le climat plus humide. Il se peut que ce soit exceptionnel, mais nous roulons tantôt dans un épais brouillard ou sous une pluie battante. Déjeuner rapide à Antakya sous la forme d'un incontournable Döner Kebab absolument délicieux. Malheureusement, il ne reste rien de la mythique ville antique d'Antioche, qui était une étape importante des routes occidentales de la soie à l'époque romaine. Nous ne nous y attarderons pas et ferons l'impasse sur le musée exposant les mosaïques découvertes dans la région qui, selon le guide de voyage, comptent parmi les plus belles du monde.

La frontière syrienne est proche, mais nous évoluons dans un autre monde qui ressemble à s'y méprendre à nos paysages urbains européens. Nous croisons même des Migros (chaîne de supermarchés suisses, pour les non initiés, ndr)! Nous arrivons à Gaziantep à la tombée du jour, ville commerçante et industrieuse du sud de la Turquie qui nous surprend par sa modernité.

 

28 mars 2009 - Gaziantep - Sanliurfa

Nous souhaitons être en Iran le 1er avril afin de retrouver nos mères et Romain, frère de Julia, respectivement grand-mères et oncle des enfants, qui nous rejoignent pour 10 jours dès le 12 avril à Shiraz. Le retard accumulé nous contraint à accélérer le pas. 600 km de routes de montagnes nous séparent de Dogubayazit, la frontière, et l'état des routes et la météo nous sont inconnus (la télévision turque montre des images du centre de la Turquie qui croule sous des mètres de neige. Peu rassurant). Nous en profitons pour racheter l'essentiel de ce qui nous a été volé et continuons notre route. L'autoroute est magnifique avec de beaux paysages agricoles. C'est au crépuscule que nous découvrons Sanliurfa, ville sainte, où auraient séjourné Abraham et Job. Les enfants et surtout Balthazar sont très excités de nourrir des carpes par centaines dans le bassin d'une magnifique mosquée. Les jardins alentours, avec leurs nombreuses autres mosquées, sont également un terrain de jeu propice pour défouler les garçons qui sont extrêmement sages et patients malgré les nombreuses heures de voiture. Au son d'un orchestre kurde, nous dînons assis sur des coussins dans une auberge anciennement caravansérail où l'on est servi dans des salons privés. Les enfants détruisent littéralement l'agencement de la pièce et sont ravis. Nous regrettons d'arriver si tard et de devoir repartir si tôt demain matin de cette ville qui nous a charmé dès le premier regard.

 

29 mars 2009 - Sanliurfa - Hasankeyf, via Mardin

Quittée l'autoroute, l'état de la route devient chaotique. Une succession ininterrompue de nids de poule sur un cinquantaine de kilomètres. Le paysage change aussi : nous quittons les collines rappées par le vent pour pénétrer dans la plaine mésopotamienne en traversant l'Euphrate. Nous déjeunons à Mardin, ville suspendue sur le rebord du plateau dominant la Mésopotamie. La jolie ville kurde est quelque peu endormie. Nous sommes dimanche et le bazar se repose. Malheureusement, une légère brume cache le paysage à perte de vue que l'on devine à peine aux pieds du village. Les hommes et les enfants sont accueillants et les rares femmes que nous croisons disparaissent dans leurs maisons à notre approche. La réputation des kurdes, hommes très machos, n'est peut-être pas usurpée! De retour sur la route, nous roulons en direction de Hasankeyf sur un haut plateau ridé spectaculairement par l'érosion et arrivons par un canyon abrupte le soir tombé. Nous dormons au bord du Tigre. Arthur déroule pour la première fois son sac de couchage : c'est l'excitation! Il le met à plat sur son lit et y pénètre. Il l'organise. Se tortille. Le réorganise, se retortille pendant 10 minutes jusqu'à complet emmêlement. Il faudra l'intervention de son papa pour qu'Arthur et Lala trouvent la position idéale. Balthazar dort au chaud entre son papa et sa maman.

 

30 mars 2009 - Hasankeyf - Van

Aux premières lueurs du jour, nous partons en exploration dans le village encore endormi. Le vieux pont écroulé et le minaret nous indiquent le chemin à gravir vers l'ancienne cité accrochée sur les hautes falaises qui dominent le Tigre. La montée raide est rythmée par les portes des excavations troglodytes, encore habitées pour certaines et occupées par les poules pour les autres. Nous sommes tout de suite repérés par un groupe de femmes du village, souriantes et chaleureuses, qui gravissent les marches d'un pas assuré. Les jeunes femmes se piquent de curiosité tandis que les plus vieilles rient de voir Balthazar dans les bras d'Antoine ; elles n'ont jamais vu un homme porter son enfant dans ses bras ! Muni de son arc, Arthur prend la pose en vaillant chasseur de la citadelle. En descendant, nous prenons place sur une terrasse ensoleillée, suspendue aux rochers du chemin. L'homme chez qui nous prenons un petit-déjeuner turc habite ces pierres dont se dégage une énergie forte. Ce moment est divin, une heure hors du temps. Nous ne voulons pas imaginer que ce lieu pourrait un jour être englouti sous les eaux d'un barrage, projet très contreversé qui inonderait beaucoup plus loin que la vallée.

La beauté et la diversité de la nature qui défile le long de notre route nous emplissent de gaiété et allège le poids des kilomètres à parcourir. Plateaux verdoyants plissés par le temps, gorges sinueuses aux roches rouges, vertes, brunes, nous dévoilent un peu plus ce pays kurde. Nous prenons de plus en plus de hauteur mais ne rencontrerons la neige qu'à Bitlis (1500 m), dont l'immense plateau blanc nous mène au bord du lac de Van. De hauts volcans enneigés encerclent le lac couleur émeraude. Nous avons du mal à réaliser notre présence ici ; la tache bleue sur la carte de notre itinéraire s'étend maintenant sous nos yeux émerveillés. Chanceux aussi car le printemps ami a déjà bien entammé la fonte des neiges. Les routes sont totalement dégagées. Nous poussons jusqu'à la ville de Van, que l'on croirait russe, comme ses consoeurs qui bordent les rives sauvages du lac. Repos bien mérité après avoir avalé presque 300 kilomètres de pistes et de routes poussiéreuses le ventre vide. Notre déjeuner dans le village de Baykan n'eut jamais lieu ; attendant que la viande cuise, une bagarre générale s'est déclenchée impliquant tous les hommes du village tantôt comme badauds tantôt comme assaillants. Sur le conseil appuyé de nos hôtes, nous prenons la fuite. Il semblerait que les premières invectives aient été échangées sur la terrasse d'une maison de thé en face de nous où un attroupement s'était formé. Les kurdes seraient-ils aussi mauvais joueurs ?

Le sud-est de la Turquie, pays kurde, est magnifique et rude. Le visage des hommes est fin et anguleux à l'image des arrètes des montagnes et la peau tannée est ocre comme la pierre. Rien ne distingue ces hommes de leur territoire. La police turque qui circule ici en véhicule blindé, mitraillette en main, doit frémir chaque matin en levant le drapeau rouge au croisant blanc dans ces vallées. Il est intéressant de remarquer d'ailleurs que les forces de l'ordre ont élu domicile à l'extérieur des villages derrière des amoncèlements de sacs de sable...

31 mars 2009 - Van - Dogubayazit

Le réveil est plus difficile ce matin et Arthur se plaint de la promiscuité constante ; il est vrai que nous sommes toujours les uns sur les autres, dans la voiture ou dans la même chambre (souvent petite) et que nous n'avons pas beaucoup marché ces derniers jours; les enfants manquent de défoulement. En revanche, l'athmosphère de la ville de Van est moins austère et nous avons le plaisir de revoir des femmes qui avaient totalement disparu du paysage depuis Hasankeyf! Le site du Château de Van offrira aux garçons un bon espace ludique avec ses toboggans et ses chemins escarpés à escalader. Du haut du rocher, la vue s'étire sur le lac qui scintille et les monts enneigés environnants. Au pied de la forteresse, on devine sous les bosses de la plaine herbeuse les fondations de l'ancienne cité élimées par le temps et les destructions réitérées. Nous nous mettons en route pour Dogubayazit, dernière ville avant la frontière iranienne.


La route serpente et grimpe entre des volcans. Les scories d'un des cratères participent au caractère inédit du paysage. Passé le col à 2500 m d'altitude, le mont Ararat apparaît au détour d'un virage dans toute sa splendeur. Le souffle coupé, nous arrêtons le moteur. Ce monstre calme veille sur les portes de l'Arménie et de l'Iran. Ce soir, nous dormirons au pied de ses contreforts.

1er avril 2009 - Dogubayazit - Tabriz

Avant de passer la frontière, nous visitons le palais d'Ishak Pasa qui partage avec le spectaculaire Mont Ararat une vue sans fin sur la vallée en contrebas. Le palais restauré a perdu de son authenticité mais pas de sa splendeur. C'est une invitation à déambuler dans le décor des contes des Mille et une Nuits. Le palais est majestueux avec ses cours successives, ses salles de réception, ses appartements, son harem et sa fabuleuse mosquée au dome peint. Nous y rencontrons Adam, le dernier homme que nous rencontrerons en Turquie, qui nous fait quelques recommandations avant d'entrer en Iran. Nous avons lu tant de témoignages enthousiastes de voyageurs sur l'Iran et les iraniens, mais c'est avec le ventre un peu noué que nous nous approchons du poste frontière. La forte présence militaire côté turc renforce notre impression alors que Julia noue un chèche (turban de touareg) autour de ses cheveux et enfile un overcoat mi-long pour se conformer aux lois iraniennes. Nous entrons en Orient.

 

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